L’expatriation en famille : quitter Paris

Douce France, cher pays de mon enfance... Je t’aime mais je te quitte.

Voilà en quelques lignes ce que se sont dit un jour plus de 2 millions de Français, qui vivent actuellement à l’étranger. Volonté de vivre une aventure différente, réel besoin de changer d’air ou opportunité professionnelle immanquable, de nombreuses raisons peuvent pousser à partir. Selon les statistiques disponibles, près de 80% des adultes expatriés sont en couple et 2/3 d’entre eux ont des enfants. Dans la majorité des cas donc, l’expatriation est un projet de famille.


Nous avons eu la chance d’échanger avec trois familles qui ont toutes un point commun : elles ont pris un jour la la décision de quitter Paris pour s’installer à Lisbonne. Mêmes villes d’origine et de destination et pourtant trois parcours uniques à des moments de vies différents.


La ville de Lisbonne était un retour aux sources pour Mélanie et Henrique, arrivés en terre Lisboète en juillet 2017. Elle était un choix de cœur pour Camille et Jonathan qui parlaient déjà portugais suite à leur première expérience au Brésil, et sera un pari fou pour Elise, son mari Martin et leurs trois enfants qui se préparent pour la première fois à vivre à l’étranger.

Pour ces trois couples, la volonté de quitter Paris tient surtout au fait d’offrir une meilleure qualité de vie à leurs enfants. Mélanie, Camille et Elise nous racontent leur histoire.

La ville de Lisbonne


LA PRISE DE DÉCISION

Depuis leur retour du Brésil en mars 2016, Camille et Jonathan ont rapidement eu envie de repartir, et Lisbonne leur est apparue comme étant le meilleur compromis pour profiter d’un agréable cadre de vie en bord de mer sans trop s’éloigner de leurs familles. C’est l’annonce de leur première grossesse en septembre 2019 qui a été l’élément déclencheur de cette décision qui mûrissait depuis plusieurs années déjà. Camille était alors enceinte de 5 mois quand elle et son mari sont arrivés à Lisbonne, à l’aube d’une grande pandémie mondiale qui leur réservait une fin de grossesse un peu particulière...


Pour Mélanie et Henrique, tous deux d’origine portugaise, le fait de vivre un jour à Lisbonne était le projet de leur vie, une certitude qui s’est concrétisée après l’arrivée de leur petite Paloma. Désireux de voir leur fille grandir dans un environnement sain et bienveillant, l’actualité en France à ce moment là, sur fond d’attaques terroristes répétitives, a accéléré leur décision. En six mois, ils ont lancé les démarches administratives, prévu le déménagement et ont planifié leur départ en essayant de ne pas trop se poser de questions et surtout ne pas trop porter d’attention aux inquiétudes de leurs proches concernant ce projet. Venir vivre au Portugal, un projet peu compréhensible pour leurs parents qui avaient fait le chemin inverse 40 ans plus tôt...


À l’heure où nous écrivons ces lignes, Elise et Martin sont encore à Paris et s’apprêtent à sauter le pas de l’expatriation pour la première fois. Leur grande famille (3 enfants) se sent un peu à l’étroit dans leur appartement parisien et les parents souhaitent offrir à leurs jumeaux de 4 ans et demi et à leur petit Hypolite de 2 ans plus de douceur au quotidien. En recherche d’un lieu de vie un peu plus kids-friendly, Elise et Martin se sont d’abord penchés sur des villes françaises. Mais pour ce couple qui n’avait jamais quitté Paris, l’envie de déménager s’accompagnait aussi d’une grande soif de vivre quelques chose de différent. La folle idée de partir dans un pays étranger leur a semblé être l’aventure familiale dont ils rêvaient ! Lisbonne leur a été soufflée par leur amie Sophie, déjà installée sur place, qui leur a décrit un cadre de vie très proche de ce à quoi ils aspiraient. En novembre 2021, la décision est prise, c’est le premier chapitre de leur grande aventure !


UNE ARRIVÉE PLEINE DE SURPRISES

Élire domicile à l’étranger, ce n’est pas seulement habiter dans un nouveau lieu, c’est vivre dans une nouvelle culture. C’est recommencer sa vie à zéro, être confronté à des difficultés parfois insoupçonnées, c’est apprendre une nouvelle langue, se refaire des amis, se créer de nouveaux repères, découvrir de nouvelles façons de penser, de travailler, de vivre en société, etc.

Parfois on se projette, on prévoit le pire ou on n’envisage que le meilleur. Mais quand on s’expatrie, rien n’est vraiment prévisible, et c’est aussi ça la richesse de l’expérience !


la famille dans les rues du Portugal

Mélanie et Henrique, grâce à leur maitrise de la langue et à leur connaissance du pays, pensaient que l’adaptation se feraient ‘finger in the nose’. Élevés dans la culture (et la langue) portugaise depuis tout petits, ils n’ont en effet pas connu de grand choc culturel mais se sont vus confrontés à des difficultés de compréhension, dans le cadre professionnel notamment, et leur accent leur vaut encore aujourd’hui l’étiquette d’expatriés. Arrivés avec la volonté de s’installer à Lisbonne pour toujours, leurs filles Paloma (5 ans) et Romy (2 ans) sont scolarisées dans des établissements portugais et sont parfaitement bilingues (Romy gère le yaourt aussi ;-). Ils mènent une vie à la portugaise et son parfaitement intégrés. Pourtant, alors que Paloma n’avait qu’un an lorsqu’elle est arrivée au Portugal, si vous lui demandez d’où elle vient, elle répondra :


"De Paris em França, à côté de la Tour Eiffel !" • Paloma, 5 ans

Un joli mix des deux langues sans aucun accent évidemment !


La maitrise de la langue du pays d’accueil est sans aucun doute un élément facilitateur à l’arrivée. Pour Camille et Jonathan, qui avaient passé trois ans au Brésil quelques années plus tôt, la communication a en effet rendu l’installation plus facile. En revanche une tout autre épreuve leur réservait son lot de complexité ! À son arrivée à Lisbonne en janvier 2020, Camille, alors enceinte de 5 mois, s’était préalablement renseignée sur le système de santé au Portugal et sur le rapport culturel qu’ont les portugais à la maternité et à l’accouchement. Elle avait alors fait le choix d’accoucher dans une maternité publique et comptait sur les premiers mois de son installation pour procéder aux démarches administratives. C’était sans compter sur la Covid-19 et un confinement début mars 2020, qui a chamboulé tous ses plans. Loin de ce qu’elle avait imaginé, elle n’a jamais eu de cours de préparation à l’accouchement, n’a pas pu visiter de maternité et a dû finalement accoucher dans un hôpital où elle n’avait jamais mis les pieds, ni rencontré l’équipe médicale, sans son mari (les papa n’étant pas autorisés à entrer). L’arrivée de Léna le 4 mai 2020 s’est très bien passée, grâce une équipe de sage-femmes attentionnée et Jonathan a pu rencontrer sa fille deux jours après sa naissance. Aujourd’hui ils racontent cette anecdote comme un épisode de leur aventure d’expatriation. Ils relativisent, se réjouissent même d’avoir pu profiter du confinement pour savourer au maximum les derniers mois de grossesse à deux. L’arrivée de leur petite Léna est certes, loin de ce qu’ils auraient pu envisager comme premier accouchement mais fait partie intégrante de leur projet d’installation au Portugal !



L’ADAPTATION

la fille à la mer

Au-delà d’une fin de grossesse chamboulée, l’arrivée de Camille et Jonathan au Portugal était également loin de ce qu’ils avaient imaginé au niveau de leur vie sociale et culturelle. Alors qu’ils pensaient pouvoir rencontrer facilement du monde sur Lisbonne dans le cadre professionnel et autres activités sportives, ils se sont retrouvés dans une ville éteinte, presque devenue fantôme. Dans l’impossibilité de faire des rencontres, de profiter d’un agenda culturel désormais vide, ou de s’inscrire dans un club de sport; ils ont rapidement préféré quitter la capitale pour se rendre au bord de l’océan, profitant ainsi de la douceur de vie du Portugal et déjouant les contraintes de la Covid ! C’est dans leur petit village en haut d’une jolie falaise qu’ils se sont liés d’amitiés avec d’autres familles, et qu’ils profitent désormais avec leur fille de ce cadre de vie magique, en pleine nature.


Quand on se prépare à vivre ailleurs, cette question de recommencer sa vie sociale à zéro est à la fois excitante et effrayante. Bien souvent, un travail ou une activité permettent de développer son réseau et de construire progressivement ce qui deviendra son cercle de nouveaux amis. Cette nouvelle vie sociale peut s’anticiper, se préparer. En prévision de la future installation de sa famille dans la capitale portugaise, Elise a rejoint des groupes sur les réseaux sociaux, ce qui lui permet d’avoir déjà un pied dans la communauté française de Lisbonne. Elle active également son réseau privé et professionnel pour tisser des premiers liens et apprendre des expériences de ceux qui ont déjà sauté le pas. C’est ainsi que se prépare leur grande aventure.


ET LES ENFANTS DANS TOUT ÇA ?

Comme évoqué au début, pour ces trois couples, la décision de venir vivre à Lisbonne a été déclenchée par une prise de conscience liée à leur vie de famille. Le désir d’offrir à leurs enfants un cadre de vie plus doux, moins agressif mais aussi de les confronter à une autre culture.

Pour Camille et Jonathan, l’envie d’élever leur fille à l’étranger était surtout motivée par la volonté de lui apporter une ouverture d’esprit, de lui faire découvrir des modes de vies différents et de lui donner la possibilité de parler deux langues voire plus.


Pour préparer au mieux leurs enfants à ce grand changement, Elise et Martin sont eux venus passer une semaine en famille à Lisbonne. Une façon pour tout le monde de se familiariser avec l’ambiance de la ville, de découvrir les quartiers, de manger quelques spécialités locales, de visiter les alentours et de s’imaginer déjà surfer sur les vagues de Caparica. Les enfants ont eu droit à une semaine d’opération séduction mise en place par leurs parents avec au programme : visite de l’Aquarium, du zoo, tour en télécabine, fête foraine et après-midi plage ! Un avant-goût de la vie lisboète qui les a visiblement conquis !


Les enfants jouent dans la rue

Si le déménagement peut parfois préoccuper les parents, leur priorité est que celui-ci se passe tout en douceur et sérénité pour leurs enfants. Mélanie nous raconte d’ailleurs qu’elle avait trouvé une crèche pour Paloma avant même de trouver l’appartement qui les accueillerait !

Elise de son côté prévoit une rentrée scolaire des enfants en septembre au Portugal, "si tout se passe bien". Elise reste en effet ouverte à la possibilité de retarder le déménagement à janvier si les démarches prenaient plus de temps que prévu. Un état d’esprit serein et une capacité d’adaptation de mise quand on s’engage dans ce genre d’aventure





LES DIFFICULTÉS

Tous les déménagements sont l’occasion de faire un grand tri dans ses placards. Mais quand on part vivre à l’étranger et qu’on doit faire rentrer sa maison dans un camion, chaque cm² compte. Pour cela, Elise et sa famille se préparent à se détacher sentimentalement de plein d’objets pour ne garder que ceux qui comptent vraiment. Un meli-melo matériel et sentimental qui rend le projet de plus en plus concret.

Le projet prend une dimension très concrète aussi au moment des démarches administratives qui peuvent représenter une source de stress et une charge de travail conséquente. Il est important d’anticiper cette étape et de ne pas hésiter à se faire accompagner par une entreprise qui s’occupe de toutes les démarches, comme ont décidé de le faire Elise et Martin. En effet, sans parler la langue, ni connaitre les rouages du système publique portugais, se faire aider par un professionnel peut largement faciliter l’arrivée.


Camille et Jonathan ont également bénéficié de ce genre d’accompagnement, qui va de l’inscription à la sécurité sociale, à l’enregistrement auprès des impôts en passant par l’inscription dans les écoles pour les parents qui le désirent. Un confort qui représente un budget important à prévoir en plus du déménagement, mais qui fait gagner beaucoup de temps (et limite l’apparition de cheveux blancs !).


Enfin, et pas des moindres, parmi les difficultés ressenties par les Français à l’étranger, l’éloignement avec la famille est souvent cité en premier. Même si, grâce à Internet, on est rarement coupés du monde, les repas de famille le dimanche ou les weekend cousinades nécessitent alors un peu plus d’organisation. Une contrainte qui n’est pas évoquée comme une grande souffrance insurmontable ni par Camille ni par Mélanie :

"Ça demande juste un peu d’anticipation, et de prévoir un petit budget et quelques jours de vacances consacrées aux retours en France."

Si nous devions la comparer à d’autres destinations prisées par les expatriés (Montréal, Kuala Lumpur, etc), Lisbonne a l’avantage d’être à quelques heures d’avion de la France à peine, ce qui permet de rendre facilement visite à sa famille mais aussi comme se réjouit Camille, de recevoir régulièrement ses proches pour des vacances sous le soleil portugais.

Les spécialités portugaises

Le récit précieux de ces trois familles nous montre qu’il n’y a pas une bonne façon de s’expatrier, ni un moment idéal, ni une raison plus justifiée qu’une autre de partir. Ce choix de quitter son pays n’est pas toujours simple même s’il est fait en pleine conscience dans une recherche de bonheur. Quelque soit la durée de l’expatriation, les difficultés rencontrées, les doutes et les appréhensions, l’aventure est riche en émotion et en apprentissage et elle fait grandir les enfants comme les parents !


Alors, vous partez quand ?


PS : il parait que s’adapter à un nouveau pays est plus simple que de se ré-adapter à son pays d’origine quand on revient (et on confirme !)



SOURCES

https://fr.statista.com/themes/3602/l-expatriation/#topicHeader__wrapper

https://fr.statista.com/themes/3602/l-expatriation/#dossierKeyfigures